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Figures d’Eglise 1 - Paul Bony

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Figures d’Église, 14 avril 2020

Par Le Père Paul Bony

1- « Dans notre langue, les merveilles de Dieu » (Actes 2, 1-11)

Ils sont là, rassemblés pour la fête, « tous ensemble », unanimes, comme l’était le peuple sorti d’Égypte au pied du Sinaï quand Dieu allait se révéler (Exode 19). La Pentecôte qui était à l’origine la fête de la moisson d’orge au printemps, cinquante jours après Pâques, était en train de devenir la fête de l’Alliance. Les disciples de Jésus savaient-ils quelle moisson ils allaient faire aujourd’hui, car le grain tombé en terre dans la Passion de Jésus allait porter beaucoup de fruit ? Et quel signe nouveau l’Alliance allait-elle se donner ? Car Jésus leur avait annoncé un baptême dans l’Esprit Saint. Voilà qu’il arrive de manière inattendue. Dans un contexte d’orage, de vent violent. C’est une théophanie ! Ce sont des langues de feu comme au Sinaï, des voix que l’on voyait ; il s’en pose une sur chacun d’eux et chacun va être saisi pour dire une parole originale qui sera pourtant commune à tous, parce qu’elle provient du même Esprit. « Tous furent remplis de l’Esprit saint et ils commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. »

Ils parlaient « en d’autres langues ». Curieusement, cette expression nous fait penser immédiatement à une expression voisine, quand il s’agit de ces fidèles fervents qui « parlent / qui prient en langues », voire dans la langue des anges (1 Co 13, 1), c’est-à-dire qu’ils font une telle expérience de la présence de Dieu qu’ils n’arrivent pas à en rendre compte en des mots humains ordinaires, tellement elle les dépasse, les enivre. Et c’est bien l’impression que vont ressentir et exprimer les auditeurs. L’annonce de l’Évangile ne peut être une annonce neutre de journaliste. L’Évangile fait résonner dans la joie et l’enthousiasme la louange de Dieu, « les merveilles de Dieu », c’est-à-dire ces actes inattendus de l’amour de Dieu dans l’histoire des hommes qui s’appellent libération de l’esclavage, justice et fraternité, communion à la vie sainte de Dieu.

C’est une telle expérience de ferveur spirituelle et communautaire qui est à l’origine du récit de la Pentecôte de Luc. Il s’en produira d’autres au cours de son récit. L’Église naît et grandit par Pentecôtes à répétition (Jérusalem, Samarie, Césarée, Éphèse). Mais Luc en a fait, à juste titre, le lieu d’une parole sensée. Elle rejoignait chacun dans sa langue maternelle. Le même Esprit Saint, qui donne la parole à chacun de ceux qu’il remplit, donne aussi à chacun des auditeurs de goûter le sens de cette parole pour lui. Elle l’atteint, mais elle reste une parole mystérieuse, elle sera toujours de quelque manière une parole « dans une autre langue » ; elle est à la fois « dans ma langue » et « dans une autre langue » : elle ne fait pas que répéter mon quotidien ; elle est une parole de Dieu qui s’adresse à ma liberté, qui se livre à mon interprétation ; la preuve en est que les uns restent interdits ou se moquent, tandis que d’autres y reconnaissent avec action de grâces « les merveilles de Dieu ».

La langue maternelle enracine l’Évangile dans le plus profond et le plus intime d’une personne, d’un peuple, d’une culture, d’une histoire. Elle lui donne de parler à chacun en vérité. L’annonce ne se fait pas au détriment des langues des nations, mais les emploie toutes à son service. Le récit de Pentecôte déploie l’éventail des peuples à la manière dont les empires de jadis retraçaient l’ampleur de leur extension. Mais cette fois, c’est Jérusalem qui est au centre, au centre d’une révélation, et non plus comme Rome au centre d’une domination. Avec les Juifs, il y a aussi les prosélytes, les Crétois et les Arabes ; la note finale est à la diversité.

Inutile de dire l’actualité de ce récit pour l’Église aujourd’hui. L’Évangile, dont le Christ l’a chargée et l’Esprit investie, n’a pas encore rencontré en profondeur toutes les cultures et toutes les religions, ni les nouvelles générations. Un réseau d’amitiés doit se tisser pour qu’il soit entendu dans la langue maternelle. L’Esprit doit remplir ceux qui l’annoncent.

Et l’Esprit de la Pentecôte n’est pas seulement celui qui donne la Parole, il est aussi celui qui suscite la communion fraternelle, car le discours de Pierre aura une suite, et le récit qui commence par « ils étaient tous ensemble » (2 ,1) ne s’achève que par « et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés (2, 47).

À suivre…

Paul Bony

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