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Figures d’Eglise 2 - Paul Bony

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Figures d’Église

2 – « Le printemps de Jérusalem » (Actes 2-4)

Pour lire les deux chapitres : https://www.aelf.org/bible/Ac/2 et https://www.aelf.org/bible/Ac/4

Assidus à la communion fraternelle

La première communauté de Jérusalem est bien connue pour une pratique que l’on a qualifiée de « communisme de l’amour ». La mise en commun volontaire des biens y était proposée comme expression d’une « communion » issue de la foi au Christ pascal et suscitée par la venue de l’Esprit Saint. Quand on lit le récit de la Pentecôte dans le livre des Actes, on risque de s’arrêter trop tôt, comme si le Saint-Esprit s’était contenté de donner la parole aux apôtres pour proclamer l’Évangile. Mais la venue de l’Esprit ne produit pas seulement un discours, elle produit une communauté qui vit une intense « communion » (Ac 2, 42-47 et 4, 32-36). « Communion » (en grec « koinônia ») est un mot très riche, qu’il ne faut pas appauvrir en le réduisant à tel ou tel aspect (spirituel, affectif, doctrinal, liturgique, matériel…). Dans le langage des Actes, il couvre tout ce qui manifeste « l’être ensemble » des croyants. La traduction par « communion fraternelle » rend assez bien la richesse du sens « un seul cœur, une seule âme », mais aussi et d’un même trait, d’un même mouvement, la mise en commun des biens (4, 32).

« L’être ensemble » (2, 44-47) est une expression typique du début des Actes. Il ne signifie pas seulement « dans le même lieu », ce qui n’est pas toujours possible, mais « dans une même unité ». « Unanimes » (2, 46) est encore un autre mot familier de Luc dans les Actes pour dire le comportement des croyants. Il s’agit d’un « vivre ensemble » généré par la foi pascale. Un slogan grec disait : entre amis tout est commun. Luc n’écrit pas « entre amis » - ce qui pourrait se limiter au même niveau social et culturel -, mais « entre croyants ». La foi pascale inaugure une nouvelle fraternité humaine. Dans le monde gréco-romain se développaient aussi des associations à buts multiples, personnels, professionnels ou religieux ; elles favorisaient la mixité sociale, mais elles généraient des « clients » et des « patrons ». Aucune hiérarchie de ce genre n’est mentionnée dans le récit des Actes. Les seuls envers lesquels on ressent une crainte religieuse, ce sont « les apôtres » qui président au partage (réception et distribution des biens).

Ils mettaient tout en commun

« Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient ensemble et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun » (2, 44-45).
« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme, et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun » (4,32).

Deux caractéristiques de cette mise en commun des biens doivent être relevées.

1 - Elle est volontaire, elle est laissée à la discrétion de chacun (5,4), à la différence de la communauté juive de Qumrân, qui en faisait une obligation. Ce qui sera reproché à Ananie et Saphire (5, 1-11), ce n’est pas de ne pas avoir donné tout le prix de vente de leur champ - ils n’étaient même pas obligés de le vendre -, mais d’avoir menti aux apôtres en faisant semblant de tout donner. On saisit ici en négatif que la mise en commun des biens prend sens en fonction de quelque chose de plus profond, plus radical : un seul cœur, une seule âme. Mentir à la communauté sur des questions d’argent, c’est mentir à l’Esprit Saint qui inspire une communion vraie.

2 - Elle a pour objectif de parer à toute indigence : « Nul parmi eux n’était indigent : en effet, ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu’ils avaient cédés et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait une part selon ses besoins » (4, 34-35).

C’est un leitmotiv des prophètes d’Israël, que ce peuple doit être un peuple de frères, qu’il ne doit pas engendrer en lui des pauvres et des esclaves, ce qui contredirait l’acte libérateur du Seigneur qui lui a donné naissance. Le Deutéronome a entériné cela en en faisant à la fois un ordre et une promesse : « Il n’y aura pas de pauvre chez toi » (Dt 15, 15). Eh bien, c’est ce que réalise « le printemps de Jérusalem ». Tout comme l’effusion de l’Esprit sur le peuple tout entier « dans les derniers jours » (2, 17 ; cf. Joël 3, 1-5), le partage des biens était le signe qu’une telle communauté avait conscience d’être la communauté eschatologique (selon l’objectif ultime du dessein de Dieu). Il y allait donc de l’identité de l’Église. Et, dans la composition de Luc, c’est cette figure de communion ecclésiale qui attire la faveur de tout le peuple (2, 47).

Quel printemps ecclésial peut se lever aujourd’hui ?
L’Église n’existe que pour favoriser et laisser voir cette nouvelle figure d’humanité issue de la Pâque du Christ, « premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Dans une société mondialisée, il est urgent que les différences de tout genre (sociales, ethniques, culturelles, religieuses) entrent en fraternité, et non pas en conflit, jusque dans le domaine économique L’Esprit Saint a du travail !

Paul Bony

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