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Figures d’Eglise 6 - Paul Bony

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Pendant le Temps pascal, le Père Paul Bony nous invite à relire les Actes des Apôtres.

« Pierre chez Corneille : quand l’Église se convertit » (Actes 10-11)

Pour lire les textes : https://www.aelf.org/bible/Ac/10 et https://www.aelf.org/bible/Ac/11

Pierre avait disparu de Jérusalem depuis quelque temps. Où était-il passé ? Que faisait-il ? On entendait parler de guérison d’un paralysé, de résurrection d’une veuve, dans les villes de la côte, du côté de Lod, de Joppé ; mais ça, c’était « normal », ou presque ! Par contre, des bruits couraient qu’il s’était laissé inviter par un centurion italien, un certain Corneille, à Césarée, la capitale du préfet romain ; il était entré chez lui, il avait mangé avec lui et sa maison. Quand on est juif, cela ne se fait pas, c’est une transgression de la pureté qui doit tenir bien séparés les Juifs et les gens des Nations. Autrement, on ne sait plus qui on est. Et finalement, il avait ordonné de baptiser tout ce beau monde païen, sans les faire passer par la circoncision dans le peuple saint de Dieu. Quel scandale pour nos frères juifs ! Mais voilà qu’il est de retour, on va s’expliquer avec lui : « Quoi ! Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux ? » Pierre ne dément pas. Mais il se justifie.

« Je logeais à Joppé (Jaffa, si vous voulez), je n’avais pas trouvé mieux que la maison d’un corroyeur (un Simon comme moi), ce n’est pas de la première pureté pour un juif ; mais devant la nécessité, que faire ? Vers midi, pendant que je priais sur la terrasse, je commençais d’avoir faim : une grande nappe descendait du ciel vers moi, qui contenait toutes les bêtes pures et impures de la création – quadrupèdes, bêtes sauvages, reptiles, oiseaux – quel mélange ! Et une voix me disait : « Pierre, sacrifie et mange. » Mais ce mélange rendait tout impur. J’ai tout de suite dit : « Non, non, jamais de la vie. » Mais je me suis fait remettre en place : « Ne dis pas interdit ce que Dieu a déclaré pur. » Le phénomène a recommencé trois fois. Je n’y comprenais rien. Où et quand Dieu a-t-il déclaré pur l’impur ? Il nous change complètement la religion. C’est à ce moment qu’on a frappé à la porte, en bas ; l’Esprit Saint m’a dit intérieurement : « Pierre, descends, accueille ces gens. » Je suis descendu, je les ai trouvés très courtois, c’étaient l’ordonnance d’un centurion en service à Césarée et deux autres avec lui. Ils m’ont fait savoir que leur chef désirait me recevoir chez lui, parce qu’il avait eu la vision d’un homme vêtu de blanc – je pense que c’était l’Ange du Seigneur – et qu’il fallait que je lui dise des choses … Quoi ? Je ne savais pas trop. Mais ce qu’ils m’ont dit tous les trois de ce Corneille m’a impressionné : un homme juste, il croit en Dieu, il est généreux en aumônes et tous les Juifs de Césarée lui rendent un bon témoignage. En entendant cela, j’ai commencé à comprendre mon extase : l’Ange du Seigneur est entré chez un païen, un impur, il lui a dit que ses prières étaient tenues en mémorial devant Dieu comme nos sacrifices au Temple, où je vais encore prier quand je suis à Jérusalem, et il lui a proposé, en signe de cette bienveillance divine, que je vienne… chez lui, à Césarée… pour m’entendre. Vous comprenez ?

Moi, j’ai compris alors que, désormais, Dieu déclarait purs les gens, et pas seulement les aliments. Je suis parti avec eux, accompagné de six frères juifs, et je suis entré chez Corneille. Il allait se prosterner devant moi. Pas question ! Je suis un homme, comme lui. Il avait réuni toute sa maisonnée et de nombreux amis. Il voulait que tout ce monde entende ce que Dieu avait à leur dire par ma bouche ; je me serais cru comme Moïse au Sinaï, au moment où le peuple bien disposé se préparait à recevoir la Torah. Alors, je leur ai dit l’Évangile, le même que j’annonce chez nous à Jérusalem, avec quelques variantes, compte tenu de l’auditoire. J’ai commencé en faisant part de mon illumination : Ah ! Je comprends maintenant ! Je le savais depuis longtemps et c’est écrit dans nos livres saints, mais je n’avais pas réalisé : Dieu est impartial ; en toute nation, celui qui pratique la justice lui est agréable, et c’est ce qui est en train de se passer quand il m’envoie parler de Jésus, « le Seigneur de tous », à un centurion de Césarée et à sa famille. C’est sa Parole ; attendez : il faut quand même que je vous dise, c’est d’abord aux fils d’Israël que Dieu a envoyé Jésus, et c’est en Galilée et dans tout le pays des Juifs que ce Jésus a fait œuvre de bienfaisance, en guérissant les malades, en délivrant les possédés. Mais c’est bien lui « le Seigneur de tous ». En effet, l’opération avait mal tourné : les Juifs l’ont fait pendre au gibet. Seulement, Dieu a eu le dernier mot : il l’a ressuscité et il nous a fait comprendre que, désormais, c’est lui, Jésus, qui jugera le monde, à la fin des temps, parce que c’est par lui qu’il offre le pardon des péchés à tous, à la seule condition de croire en lui. C’était d’ailleurs le message de tous les prophètes.

J’étais tout juste arrivé là dans mon discours – et l’essentiel était dit – que Dieu m’a coupé la parole : l’Esprit Saint est tombé sur ces païens comme sur nous à Jérusalem ; c’était comme une nouvelle Pentecôte. Ces païens disaient tout comme nous, les apôtres, les merveilles de Dieu : ils parlaient en langues ! Nous étions stupéfaits : même sur les Nations ! L’Esprit Saint, le don messianique, était répandu. Alors qu’est-ce qui empêchait de les baptiser ? Allais-je, moi, empêcher Dieu de faire son oeuvre ? Il leur a fait le même don qu’à nous pour cette raison que, les uns et les autres, nous avons cru au Seigneur Jésus. Quelle séparation y avait-il encore entre eux et nous ? Ils m’ont prié de rester quelques jours avec eux, ce que j’ai fait. »

Quand nous avons entendu cette histoire, à Jérusalem, nous, les apôtres et les frères de Judée, nous nous sommes calmés, et même, nous avons glorifié Dieu en disant : « Ainsi donc, même aux gens des Nations, Dieu a donné la conversion qui conduit à la vie. »

Post-scriptum du lecteur

1 - La défense de Pierre consiste à dire que Dieu a fait aux gens des Nations le même don qu’à nous les Juifs pour avoir cru en Jésus : c’est encore nous qui étions la référence : eux comme nous. Mais à la conférence de Jérusalem, quelque quinze ans plus tard, il est revenu sur cette histoire et il a dit : « C’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, exactement comme eux » (15, 12). Ce sont eux, les gens des Nations, qui sont devenus la référence : nous comme eux. Nous comme eux, nous sommes les destinataires d’un salut qui est pure grâce de Dieu. Leur appel à l’Évangile nous a fait prendre conscience plus clairement de notre identité.

2 – Lorsque Pierre commence de dire le message pascal, il est un peu compliqué : son premier objectif est de dire l’offre universelle du salut, c’est le premier et dernier mot de son discours. Mais il doit maintenir que cette offre passe par Jésus qui a été envoyé d’abord aux fils d’Israël (là-dessus il pense comme Paul : « Aux Juifs d’abord et ensuite aux Grecs »). Alors, dans la même phrase, il dit que « telle est la parole que Dieu a envoyée aux fils d’Israël, (c’est) Jésus, le Seigneur de tous » (10, 36). De même, tout au long de son récit, Luc efface autant qu’il peut la différence entre Juifs et Nations devant Dieu : Corneille est l’égal d’un Juif pour la justice, la prière, la générosité, mais Dieu lui demande d’appeler Pierre qui lui révèlera la source du salut et l’en fera bénéficier.

3 - Le récit de Luc ne parle jamais de la « conversion » de Corneille – même si on peut l’entendre dans la mention du « pardon des péchés » accordé par Dieu en Jésus. Par contre, c’est bel et bien Pierre qui doit se convertir à la grâce de Dieu dans sa figure universelle ; ensuite, il pourra et il devra y convertir l’Église. On pourrait penser que cette conversion est encore en cours.

Paul Bony

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