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Figures d’Eglise 7 - Paul Bony

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Pour nous accompagner pendant le Temps pascal, le Père Paul Bony nous invite à relire les Actes des Apôtres.

Les premiers « chrétiens » : l’Église d’Antioche (Actes 11, 19-30)

Pour lire le texte : https://www.aelf.org/bible/Ac/11

La fondation de l’Église d’Antioche est une plaque tournante dans le récit des Actes. Jérusalem reste l’Église-mère, à la grâce de laquelle participeront les Églises des Nations (Rm 15, 26-28). Mais l’implantation de l’Évangile à Antioche va faire de la capitale de la Syrie la capitale de la mission. Elle est très bien située, au croisement des grandes routes terrestres et maritimes entre l’Orient et l’Occident. Elle est la troisième ville de l’Empire romain, après Rome et Alexandrie, pour le nombre de sa population, qui est de culture et de langue grecques, mais qui est aussi le lieu de la plus importante diaspora juive. C’est sous l’égide de la communauté ecclésiale, qui y fut implantée dès les années 40, que Paul va entreprendre ses voyages apostoliques. Dans le récit des Actes, on passe donc de Pierre à Paul, de Jérusalem à Antioche, mais sans oublier ni Jérusalem ni Pierre, que l’on retrouvera à la Conférence de Jérusalem (Ac 15). Le récit de Luc est assez schématique, balisé par trois refrains sur la croissance de cette Église (21.24.26). Il se termine par un envoi de secours à l’Église de Jérusalem (27-30)

1er tableau : l’audace de l’annonce (19-21)

Les disciples de la tendance d’Étienne, dispersés par la persécution, annoncent l’Évangile en Phénicie (Liban actuel), à Chypre, puis à Antioche. Là, en un premier temps, l’annonce ne se fait qu’aux Juifs. Mais de nouveaux arrivants de Chypre et de Cyrène (actuelle Libye) prennent l’initiative de s’adresser « aussi aux Grecs », c’est-à-dire, dans le contexte du récit de Luc, à des non-Juifs. Dans un langage adapté à leur culture religieuse, ils leur annoncent la Bonne Nouvelle du « Seigneur Jésus ». L’approbation divine cautionne cette initiative par un grand succès : « La main du Seigneur était avec eux : un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur » (21).

2e tableau : le discernement de Barnabé (22-24)

La nouvelle de cette initiative parvient aux oreilles de l’Église de Jérusalem. On ne parle pas des apôtres, pas même de Pierre ; ils sont ailleurs, en mission quelque part. Elle a maintenant des dirigeants dont nous apprendrons en cours de route que ce sont « les Anciens » (11, 30), à la tête desquels il y aura « Jacques » (15, 13), « le frère du Seigneur » (Ga 1,19). C’est sur la décision de l’Église (22), pas seulement de ses dirigeants, qu’on envoie Barnabé à Antioche pour vérifier sur place l’authenticité de cette fondation inédite. Barnabé avait été présenté par Luc, dans le récit de la première communauté à Jérusalem, comme un prophète (comme l’indique son surnom : « homme de réconfort »), originaire de Chypre, qui s’était montré particulièrement généreux dans le partage de ses biens (4, 36-37), puis qui avait servi de médiateur entre Saul converti et les apôtres encore réticents (9, 26-27). C’est « un homme de bien, rempli de foi et d’Esprit Saint » (24), qui sait « voir la grâce de Dieu à l’œuvre » (23) dans cette nouvelle figure d’Église. Il y fait œuvre de discernement et d’encouragement : que ces nouveaux disciples restent fermement attachés à cette grâce du Seigneur qui est à l’origine de leur communauté. Luc est tout à fait paulinien ici en faisant de cette Église la pure expression de la grâce de Dieu : Barnabé ne parle que d’elle. Conséquence-refrain : « Une foule considérable s’attacha au Seigneur » (24).

3e tableau : la collaboration Barnabé - Saul (11, 25-28)

Saul était retourné dans sa ville natale, à Tarse, par suite des risques encourus à Jérusalem après sa conversion (9, 30). Barnabé, qui avait su l’accueillir à Jérusalem, a confiance en lui ; il va le chercher et l’amène à Antioche. Luc souligne ici leur collaboration dans un travail d’enseignement. Il y a tout lieu de penser que c’est dans l’Église d’Antioche que Paul lui-même a appris des éléments importants de la tradition chrétienne sur Jésus, dont il lui arrivera de faire part dans ses épîtres, en particulier le récit de la dernière Cène (1Co 11, 23-26) et le Credo pascal de Jérusalem (1Co 15,3-4).

Les « premiers chrétiens »

C’est sur cette note d’unité et de collaboration apostolique que Luc scande une troisième fois son refrain d’« une foule considérable » de disciples, en ajoutant que, « pour la première fois, c’est là que les disciples reçurent le nom de chrétiens ». Christianoi, partisans ou sectateurs de Christos / Chrestos, est formé sur Christos (Oint, Messie), comme d’autres mots, par exemple Hérodianoi, partisans d’Hérode, ou Caesariani, partisans de César. Ils tiennent cette appellation de leur environnement, qui les a ainsi distingués des communautés juives. « En créant ce sobriquet, les païens d’Antioche ont pris le titre de Christ (oint) pour un nom propre » (J. Dupont). Luc le mettra encore comme ici dans la bouche du roi Agrippa II, disant à Paul : « Pour un peu, tu me persuaderais de me faire christianos / chrétien » (26, 28).

Paul, dans les années 52-54, ne l’emploie pas encore : il dit « ceux du Christ » (1 Co 15, 23 ; Ga 5, 24). Mais il paraît, vers 80, dans la Première Lettre de Pierre : « Que nul d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d’autrui, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, qu’il glorifie plutôt Dieu de porter ce nom » (1Pi 4, 15-16). Il paraît trois fois dans les Lettres d’Ignace, lui-même évêque d’Antioche sous le règne de Trajan vers 117 : Ignace veut « être trouvé dans l’héritage des chrétiens d’Éphèse, qui ont toujours été unis aux Apôtres, par la force de Jésus-Christ » (Aux Éphésiens XI, 2). « Que non seulement on me dise chrétien, mais que je le sois trouvé de fait » (Aux Romains, III, 2). « Il convient donc de ne pas seulement porter le nom de chrétien, mais de l’être aussi » (Aux Magnésiens IV).
(Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 2016, pages 195, 206, 198.)

4e tableau : la collecte d’Antioche pour Jérusalem.

Le cercle est parfait : Barnabé et Saul étaient partis de Jérusalem pour Antioche, ils y reviennent porteurs d’une collecte de secours pour l’Église-mère, dans la prévention d’une famine annoncée par le prophète Agabus. Ils la remettent aux Anciens. Le cercle est parfait, surtout parce qu’on revient à l’image du partage des origines, « chacun selon ses moyens » (11, 29, qui ne répète pas « chacun selon ses besoins » de 2, 44 et 4, 35, mais qui y fait penser). Communion concrète qui couvre ainsi toute la première partie des Actes, et l’on passe du partage interne de l’Église de Jérusalem au partage entre les Églises des Nations et les pauvres de Jérusalem, écho de la collecte si chère à Paul (2Co 8-9), signe à ses yeux de leur authenticité évangélique.

Inutile de souligner l’actualité ecclésiale de cette fondation. La dispersion peut être la grâce et la chance de la mission. Il y faut de l’audace pour rencontrer un monde nouveau, mais aussi du discernement. La communion doit être assurée entre les Églises comme chez les ouvriers apostoliques. Il ne suffit pas « d’annoncer », il faut aussi « enseigner ». La communion inter-ecclésiale engage toute une communauté, pas seulement ses dirigeants, qu’il s’agisse de l’Église-mère ou de ses filiales dans une communion de foi et partage. Si, autrefois, les disciples à Antioche furent appelés chrétiens, on pourrait souhaiter qu’à Marseille, aujourd’hui, les chrétiens soient appelés disciples.

Paul Bony

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