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Figures d’Eglise 8 - Paul Bony

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Nuit pascale (Actes 12).

Le Père Bony commente le récit de la sortie de prison de Pierre en 44, au temps de la Pâque, alors que l’Église de Jérusalem est en péril.

Pour lire le texte : https://www.aelf.org/bible/Ac/12

On est au temps de Pâques 44. L’Église de Jérusalem est en péril au terme de ce premier parcours que raconte le livre des Actes (1-12). Une figure de Pharaon en la personne du roi Hérode (Agrippa 41-44) vient d’éliminer Jacques, l’un des Douze, le frère de Jean (membre du trio intime de Jésus : Pierre, Jacques et Jean). Voyant que cela plaît aux Juifs, Hérode fait emprisonner Pierre. Il envisage de le présenter au peuple le lendemain de la fête pascale pour un procès-spectacle. La situation est donc critique : l’Église risque d’être décapitée. Mais le Dieu de l’Exode et de la Pâque de Jésus veille.

Un récit merveilleux

Suivons d’abord le récit de Luc, pittoresque, burlesque parfois. Pierre est en prison, solidement gardé et enchaîné. Il dort, l’Église prie. L’Ange du Seigneur le réveille, le presse de s’habiller et de le suivre. Toutes les portes de la prison s’ouvrent automatiquement au passage de l’Ange du Seigneur, qui le laisse en pleine rue. Réalisant après coup ce qui lui arrive, il se rend à la maison de Marie, où il sait que se réunit la communauté chrétienne. Rose, la servante, est tellement éberluée qu’au lieu de lui ouvrir, elle le laisse à la porte et court annoncer la nouvelle à l’Église réunie, qui, d’abord, ne veut pas la croire, imaginant que c’était l’ange de Pierre, mais pas lui. Ces priants n’en reviennent pas que leur prière soit exaucée ! Pierre avait échappé à Hérode, mais allait-il rester à la porte de l’Église ? Il persiste à frapper, on lui ouvre enfin, il se présente, raconte « comment le Seigneur l’avait fait sortir de prison ». Il demande de prévenir Jacques (un autre Jacques, « le frère du Seigneur »), qui préside maintenant la communauté ecclésiale de Jérusalem, puis, « en sortant, il s’en alla vers un autre lieu ».

Ce récit merveilleux demande explication. Au premier niveau, il obéit au modèle littéraire de certains récits de légende grecque : un dieu (Dionysos), un homme religieux (Asclépios), qui veut instaurer un nouveau culte, se heurte à l’opposition d’un roi qui pense le neutraliser en le faisant enfermer dans une prison dont il ne sortira jamais. Mais la force divine du héros lui permet de s’échapper en pleine nuit, et de se présenter libre et vainqueur à son adversaire confus qui fait exécuter les gardes. Ce genre littéraire a été emprunté par la littérature juive postbiblique dans Le Roman de Moïse, mais avec des différences significatives : le héros biblique ne se sauve pas lui-même, c’est Dieu qui l’arrache à sa prison :

« Lors qu’il faisait nuit, toutes les portes de la prison s’ouvrirent d’elles-mêmes, et, parmi les gardes, les uns moururent, les autres furent accablés de sommeil et leurs armes se brisèrent. Moïse sortit et se rendit au palais royal. Ayant trouvé les portes ouvertes, il entra et réveilla le roi, alors que les gardes étaient endormis. Celui-ci s’effraya de ce qui était arrivé et ordonna à Moïse de lui dire le nom du dieu qui l’avait envoyé pour se moquer de lui »
(Traduction Daniel Marguerat, Les Actes des apôtres I, p 424).

Si Luc emprunte ce modèle littéraire au judaïsme de son temps, « la légende de Pierre » a d’autres sources d’inspiration qui en déterminent le sens. Dans notre récit, il fait jouer en double surimpression l’Exode d’Israël et la Passion-Résurrection de Jésus, conformément à sa lecture de l’histoire de l’Église tout au long du récit des Actes : ce qui a été vécu par Israël au cours de l’Exode était la figure de ce que vivrait Jésus, une Pâque de souffrances, de mort et de résurrection ; et c’est ce même itinéraire que l’Église est appelée à suivre maintenant. C’est ce double filigrane entremêlé qu’il nous faut maintenant repérer dans le récit de l’emprisonnement et de la libération de Pierre.

Le filigrane pascal

Nous sommes au temps de la Pâque, mémorial de l’Exode. Hérode « maltraite » l’Église comme Pharaon maltraitait les Hébreux. L’Ange du Seigneur intervient « cette nuit-là », nuit de veille à laquelle la tradition juive rapporte toute délivrance salutaire, présente ou à venir. Les consignes de l’Ange à Pierre reprennent trois des dispositifs ordonnés aux Hébreux (Ex 12,11) : la hâte, la ceinture, les sandales. Il faut vite s’habiller pour une action décisive. L’initiative divine est soulignée : Pierre dormait, l’Ange lui donne un coup brutal pour le réveiller, ce n’est pas lui qui est à l’origine de sa libération (comme les héros légendaires). Mais Dieu seul, le Dieu de la Pâque. Ce sera la confession de foi de Pierre, quand il aura repris ses esprits et qu’il voudra rendre compte de l’événement à la communauté : « Maintenant, je sais réellement que le Seigneur a envoyé son ange et qu’il m’a arraché de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs » (12,11). La formule de Dieu qui « arrache de la main » des oppresseurs revient à satiété dans la littérature biblique pour parler de la sortie d’Égypte. L’Exode est en train de se renouveler en faveur de Pierre et de la communauté ecclésiale. Paradoxe : c’est un roi de Jérusalem qui tient le rôle de Pharaon et il s’est concilié la faveur du « peuple des Juifs ». Le vent a tourné : une rupture douloureuse s’annonce entre le christianisme et sa matrice juive

La Passion - Résurrection de Jésus

Les ressemblances ne manquent pas : même contexte pascal ; mêmes vexations : Pierre livré aux soldats comme Jésus livré aux grands-prêtres et aux gardes ; l’un et l’autre « gardés » pour être présentés « au peuple » (Lc 23, 12 ; Ac 12, 4) ; même comparution devant Hérode (Antipas pour Jésus, Agrippa pour Pierre). Surtout, même stupeur et même difficulté de reconnaissance devant Pierre libéré comme devant Jésus ressuscité. C’est une femme qui donne l’alerte, comme les femmes dans l’Évangile ; comme elles, on ne la croit pas ; l’incrédulité se mêle à la joie, comme les disciples doutent de joie ; on croit qu’il s’agit de son ange, comme les disciples de Jésus croyaient voir un esprit ; il faut que Pierre soit enfin là en personne pour qu’on le croie libre. Mais de même que Jésus ressuscité ne peut se laisser à disposition, mais disparaît dès qu’il est reconnu (cf Emmaüs), de même Pierre ne reste pas là : « Sortant, il s’en alla vers un autre lieu ». Note finale mystérieuse. On a épilogué sur cet « autre lieu ». Le langage de Luc est allusif : Pierre émarge à cette liberté qui est celle du Christ ressuscité, qui ne le confine pas en un lieu déterminé, mais qui lui permet d’agir là où le Seigneur le voudra. Il n’est plus nécessaire à Jérusalem, il y a Jacques (un autre Jacques, le frère du Seigneur) auquel Pierre renvoie la communauté. Dans le récit des Actes, on ne le retrouvera qu’un court instant à la conférence de Jérusalem.

Le chemin de l’Église est un chemin pascal. L’Église de Jérusalem l’avait expérimenté lors des arrestations et des persécutions précédentes (4, 1-31 ; 5, 17-41), dans un scénario fort semblable (prière de la communauté 4,33-41 ; ouverture des portes de la prison par l’Ange du Seigneur, 5,19-20). Ce n’est pas l’opposition humaine qui peut arrêter le dynamisme incoercible de la Parole. Notre récit se termine par la mort du tyran (12,20-23) et par le refrain qui glorifie la Parole incorporée à la communauté : « Cependant, la Parole de Dieu croissait et se multipliait » (12, 24). Barnabé et Saul vont pouvoir prendre le relais (12, 25). La foi pascale est, pour Luc, la source d’une confiance absolue dans le succès de l’Évangile, non pas malgré les épreuves, mais à travers elles.

Paul Bony

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