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Vaccin équitable pour tous

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20 repères pour un monde plus juste et plus sain
La Commission Covid-19, créée par le Pape François au printemps dernier afin de répondre aux défis posés par la pandémie, a rendu publique ce mardi une note en 20 points sur les enjeux éthiques posés par le vaccin.

Vaccin équitable pour tous : 20 repères pour un monde plus juste et plus sain.

« Le Covid-19 est en train d’intensifier une triple menace de crises simultanées et interconnectées au niveau sanitaire, économique et écologico-sociale, avec de graves répercussions sur les plus pauvres et les plus vulnérables », indique en préambule cette Commission qui fait partie du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral. Ce document, rédigé en collaboration avec l’Académie pontificale pour la Vie, rappelle qu’entreprendre « les actions immédiatement nécessaires pour répondre à la pandémie » implique d’avoir à l’esprit « aussi ses effets sur le long terme ». Ce texte rappelle que les vaccins sont un outil essentiel pour vaincre la pandémie.

Une autre note, rendue publique le lundi 21 décembre, par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait démontré la licéité morale du recours aux vaccins, même quand ils sont issus de recherches ayant impliqué des fœtus avortés, s’il n’existe pas d’alternatives. Cet autre document s’attarde plutôt sur la dimension sociale des campagnes de vaccination qui ont débuté le week-end dernier au sein de l’Union européenne, et qui avaient déjà été amorcées auparavant dans d’autres pays comme les États-Unis, la Chine, la Russie et le Royaume-Uni.

Ce texte fait écho au récent Message de Noël Urbi et Orbi du Pape François. Les leaders mondiaux sont appelés à résister à la tentation d’adhérer à un « nationalisme des vaccins », et les États nationaux sont appelés à coopérer. « Aujourd’hui, en cette période d’obscurité et d’incertitude due à la pandémie, plusieurs lueurs d’espoir apparaissent, comme les découvertes de vaccins. Mais pour que ces lumières illuminent et apportent de l’espoir au monde entier, elles doivent être accessibles à tous », avait souligné le Pape.

Le premier point abordé, conformément au souhait exprimé par le Pape lors de l’audience générale du 19 août dernier, c’est la diffusion de « vaccins disponibles et accessibles pour tous ». Cette logique entre en cohérence avec les principes fondamentaux de la Doctrine sociale de l’Église, comme la dignité humaine, l’option préférentielle pour les pauvres, la solidarité, la subsidiarité, le bien commun, le soin de la maison commune, la justice et la destination universelle des biens. Cela s’inscrit également dans les principes de santé publique, comme la lutte contre la souffrance.

Une attention est portée également au « cycle de vie » du vaccin, c’est-à-dire à sa production, sa validation par les autorités compétentes, sa distribution et son administration aux patients. Toutes ces étapes impliquent des arbitrages politiques qui doivent être assumés dans une logique d’accès équitable et universel de tous aux vaccins.

Le troisième point concerne les « matériaux biologiques » employés pour le développement des vaccins. Certains vaccins sont issus de lignées cellulaires provenant de fœtus avortés, alors que d’autres en ont fait un usage limité à des phases de test en laboratoire.

Le caractère licite ou non de l’utilisation de ces vaccins revient dans le 4e paragraphe, qui reprend les arguments de la CDF dans sa note publiée le 21 décembre. « La finalité de la santé publique ne peut pas justifier l’avortement volontaire pour en tirer des lignes cellulaires pour la production de vaccins », mais, comme le soulignait déjà l’instruction Dignitas Personae en 2008, « à l’intérieur de ce cadre général existent différents degrés de responsabilité. De graves raisons peuvent être moralement proportionnées pour justifier l’usage d’un tel matériel biologique. » Dans la contexte de la lutte contre la pandémie de coronavirus, la protection potentielle de millions de vies fait naturellement partie de ces « graves raisons ».

Le cinquième point, qui reprend des notes publiées par l’Académie pontificale pour la Vie en 2005 et en 2017, précise que les catholiques peuvent utiliser ces vaccins « avec une conscience sûre » de ne pas avoir coopéré à un avortement. Par ailleurs, les organisateurs de ces campagnes de vaccination ont la responsabilité morale de « ne pas faire courir de graves risques de santé aux enfants et à la population en général ».

Le sixième point concerne les « mécanismes de production et d’action » du vaccin qui peuvent avoir des conséquences sur son efficacité. Le septième point concerne les brevets, qui sont une notion légitime du point de vue économique. La rétribution des dépenses de la recherche et des risques assumés par les entreprises est normale, mais le vaccin mérite d’être considéré comme un « bien commun », ou un « bien public », selon la terminologie de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Les États ont donc la responsabilité de le rendre accessible à tous et non seulement à une élite.
La seule logique commerciale n’est pas recevable

Le huitième point rappelle que « le seul objectif de l’exploitation commerciale n’est pas acceptable, d’un point de vue éthique, dans le domaine de la médecine et des soins de santé ». Les investissements doivent toujours se faire à la lumière de la « solidarité humaine », en évitant donc toute logique de « nationalisme vaccinal ». Des accords internationaux sur les brevets peuvent être nécessaires pour maintenir des prix abordables et éviter « de possibles courts-circuits commerciaux ». Comme le Pape l’avait également souligné dans son message de Noël, « nous ne pouvons pas non plus laisser le virus de l’individualisme nous vaincre et nous rendre indifférents à la souffrance d’autres frères et sœurs, en mettant les lois du marché et des brevets d’invention au-dessus des lois de l’amour et de la santé de l’humanité ».

Le neuvième point invite donc à une collaboration entre les États, les entreprises pharmaceutiques et autres organisations pour organiser une distribution équitable des vaccins, aussi en décentralisant la production. Le dixième paragraphe de la note rappelle la nécessité d’harmoniser et de règlementer les conditions d’approbation des vaccins de la part des autorités de régulation qui existent dans les États, qui devraient se reconnaître et coopérer entre elles.

Le 11e point concerne « l’administration et l’accès au vaccin ». Il est naturel de commencer par vacciner des groupes prioritaires comme les membres du personnel de santé et des services en contact avec le public, ainsi que les sujets les plus vulnérables, mais il faut des critères de discernement précis et explicites (par exemple il peut être légitime de vacciner en priorité les habitants des zones à forte densité de population) afin d’éviter que des personnes souhaitant se faire vacciner ne restent bloquées dans une « zone grise », et se retrouvent sans accès au vaccin en raison de critères trop approximatifs.

Le 12e aspect abordé est donc celui de l’ordre d’administration du vaccin sur le plan international, avec là encore l’enjeu de son « accessibilité universelle ». Il faut donc des instruments concrets pour en garantir une distribution juste et équitable. La note précise que l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) « demeure un point de référence important à renforcer et à améliorer pour les aspects qui sont en train de se révéler insuffisants et problématiques ».

Le 13e paragraphe aborde la question de la « responsabilité morale » dans le fait de se soumettre ou non à la vaccination. Cette notion implique une interdépendance entre « santé personnelle » et « santé publique ». Le refus du vaccin ne peut pas être considéré comme une « position prophétique », même sur l’argument des recherches issues de fœtus avortés, car « un tel refus pourrait augmenter sérieusement les risques pour la santé publique ».

« Le fait de tomber malade détermine une augmentation des hospitalisations avec une surcharge conséquente pour les systèmes sanitaires, jusqu’à un possible effondrement, comme cela est en train d’arriver dans différents pays durant cette pandémie, en faisant obstacle à l’assistance sanitaire, encore une fois aux dépens de ceux qui ont le moins de ressources. » La vaccination est donc un enjeu de solidarité, et non seulement de préservation de la santé personnelle. Les personnes ne souhaitant pas se faire vacciner devront redoubler de prudence dans leurs interactions sociales.

Face aux nombreuses réticences, le 14e point souligne que « la transparence et une communication correcte sont fondamentales pour favoriser la confiance et l’adhésion à l’entier processus des vaccinations ».

Les objectifs pratiques de la Commission

Les derniers points de la note rappellent six objectifs précis de la Commission Covid. Tout d’abord, celui de la « validation éthique et scientifique », qui nécessite une bonne coopération avec les organisations impliquées dans la distribution du vaccin afin de bien évaluer l’efficacité des stratégies publiques. Le deuxième aspect aborde la notion de « soin global avec une saveur locale », qui implique notamment un travail de suivi avec les communautés locales et les diocèses, afin de bien prendre en compte la diversité des contextes linguistiques et culturels et de proposer une information correcte sur les implications éthiques des vaccins.

Le troisième objectif concerne « les partenariats et la participation », qui impliquent une coopération efficace avec les organisations internationales, les ONG ou encore les associations de donateurs. Le quatrième objectif est l’union des forces au sein des structures d’Église, à la lumière des encycliques Laudato Si’ et Fratelli tutti. Le cinquième objectif est le « leadership » de l’Église sur ces sujets qui impliquent « la famille humaine globale ». « L’Église peut assumer un rôle de catalyseur pour affronter ce défi d’une façon qui reflète la conscience et le respect de la dignité de tous. »

Enfin le sixième objectif, qui est aussi le 20e et dernier point de la note, souligne que l’Église est « au service de la guérison du monde ». « L’Église peut aider de différentes façons, à travers les conférences épiscopales, les réseaux sanitaires et éducatifs (écoles et universités), les multiples organisations ecclésiales qui s’adressent aux pauvres, les communautés religieuses, etc… », toujours dans l’optique de l’accès de tous aux soins et aux vaccins.
Construire un monde post-Covid

Le préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, le cardinal Peter Turkson, a exprimé sa gratitude « à la communauté scientifique pour avoir développé le vaccin dans des temps records ». « C’est maintenant à nous de garantir qu’il soit disponible pour tous, spécialement pour les plus vulnérables. C’est une question de justice », a-t-il ajouté. « Nous devons démontrer, une fois pour toutes, que nous sommes une unique famille humaine. »

Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la Vie, souligne que la pandémie a mis en évidence la condition d’interconnexion qui relie l’humanité. « Ensemble avec la Commission, nous sommes en train de travailler avec de nombreux partenaires pour révéler les leçons que la famille humaine peut apprendre et pour développer une éthique du risque et de la solidarité pour protéger les plus vulnérables dans la société. »

La phase qui vient de s’ouvrir est cruciale, explique Mgr Bruno-Marie Duffé, Secrétaire du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral. « Nous sommes à un tournant dans la pandémie de Covid-19 et nous avons l’opportunité de commencer à définir le monde que nous voulons voir après la pandémie. » « La façon dont les vaccins sont distribués est le premier pas que les leaders mondiaux doivent accomplir dans l’engagement pour l’équité et la justice comme principes pour construire un monde post-Covid meilleur », insiste enfin le père Augusto Zampini, Secrétaire adjoint de ce même Dicastère.

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